jeudi 22 octobre 2026

Notre salut (2026)

 

La dernière image ? Peut-être la savoureuse séquence de tarte aux pommes sur un mode un tantinet burlesque en présence de deux gradés nazis qui campent des Laurel et Hardy de circonstances auxquels on donnerait le bon Dieu sans confession. Question : le Diable cacherait-il ses vraies intentions derrière le sucre d'une certaine bonhomie pour mieux corrompre l'innocence ?

Pour le reste, retenons que le personnage qui illumine et embrase la pellicule c'est moins Henri Marre que Paulette. Et c'est d'ailleurs lorsqu'elle apparaît (enfin) dans le film que j'ai commencé à entrer dedans. Il y a une vérité, une profondeur chez cette actrice et ce personnage qui donnent soudain du relief à l'ensemble et du sens à l'histoire. Parce que l'on commence en apprenant à la connaître à trouver des excuses aux postures un peu faussement mystérieuses d'un Henri Marre taiseux dont on ne parvient jamais à fendre l'armure pour savoir ce qui fait battre son petit coeur... Avec l'arrivée de Paulette, tout s'éclaire. Tout ce que déployait comme ambition mesquine et terre-à-terre ce petit homme gris pris dans la nasse d'une administration "kafkaienne" (où chaque homme aux responsabilités s'y soustraie à la première occasion) c'est pour se montrer à la hauteur de cette femme incroyable (elle est bien née, les fées semblent s'être penchées sur son berceau, on le découvre lors de la plus belle séquence du film, le repas chez le préfet) car au fond il ne s'en sent peut-être pas digne... Alors il se débat, il déambule, il arpente, il alpague les chalands, brandissant sous leurs nez son programme comme ces vendeurs à la sauvette leurs breloques sur les grands carrefours en attendant les jours meilleurs.

Cela pose d'ailleurs la question de savoir si Emmanuel Marre n'essaye pas en cela d'excuser les crimes dont se sera rendu complice son grand-père, l'amour ayant peut-être guidé ses choix malheureux... Mais le résultat c'est que le film décolle vraiment grâce à Paulette. Parce que jusque-là, que c'est long, verbeux : je pense à la séquence initiale, lourde et trop explicative, aux parallèles avec l'époque actuelle comme autant de coutures trop visibles (les vertus du management, le problème des travailleurs immigrés, etc). On ne comprend pas trop vers où l'on chemine, la faute aussi au dispositif épistolaire  qui voit les deux personnages se répondre à grands coups de mouvements de balanciers avec un je ne sais quoi de programmatique et chez moi un effet soporifique.

La faute aussi aux anachronismes musicaux qui m'ont agacé : ce que j'appelle le syndrome Peaky Blinders qui au lieu d'apporter un message, une fantaisie bienvenue, éveille avant tout, en tout cas chez moi, le sentiment qu'Emmanuel Marre s'est fait plaisir sans autre objet que d'éclairer l'époque à la lumière de ce qu'il écoutait dans les années 80. Il suffit d'ailleurs de repenser à l'utilisation magistrale qui est faite de Je crois entendre encore (les pêcheurs de perle, Bizet) lors des échappées nocturnes à bicyclette de Jacques Gamblin dans Laissez-passer de Tavernier pour comprendre que faire revivre une époque et rendre hommage aux hommes d'alors c'est aussi restituer ce qui remplissait leurs oreilles et leurs âmes. Qu'est-ce que peut bien y faire ici Live is Life d'Opus ?

Quand je dis anachronisme, je pense aussi à cette démarche très Lelouchienne qui consiste à laisser les acteurs improviser en ayant une caméra (une seule) qui se promène d'un visage à l'autre au sein de la scène (comme une captation in vivo sur une scène de théâtre par exemple). Cela donne un phrasé, un "parlé" qui sonne bien souvent de façon trop contemporaine, trop de maintenant. Ca ne m'a pas gêné tout le temps, mais parfois ça coince. En revanche, c'est aussi ce qui permet de donner vie à des moments de vérité et des séquences sublimes (notamment au sein du couple qui existe de façon fantastique). C'est donc à double tranchant. 

Notre Salut est au final un pari à moitié réussi avec trop de longueurs au départ, quelques lourdeurs et fautes de goût au passage. Heureusement, l'arrivée de Paulette (quelle actrice !) et des enfants change absolument tout. Et j'ai aimé toute la seconde partie jusqu'au dénouement et cette séquence poétique d'Henri couvant du regard un enfant, symboliquement son petit-fils (ils ne se sont pas connus) héritant de quelque chose comme une gravité, comme un chapeau encore trop grand (ou trop lourd) à porter jusqu'à ce film... La magie du cinéma qui sait si bien ressusciter nos morts.

dimanche 11 octobre 2026

La femme de ménage (2025)


La dernière image ? Aucune. L'image est laide. Les acteurs mauvais (l'esthétique et le jeu rappelle davantage les films érotiques fauchés des années 80).

Quant au scénario, celui qui aurait fait le succès du livre (?), il est indigent et invraisemblable... C'est à se demander si ce n'est pas écrit par une IA à ses balbutiements (le personnage du jardinier Italien avec des connaissances dans la Mafia wtf). 

Epoque étrange qui semble en avoir fini avec l'esprit critique et l'intelligence ici bas...

mardi 6 octobre 2026

Toy Story 5 ( 2026)

 

La dernière image ? Cette intro bizarre, quelque part entre Madagascar (le conteneur échoué) et King Kong (la nature impénétrable d'une île en apparence hostile) annonce déjà la catastrophe... Le film semble d'emblée renier l'ADN historique d'un univers qu'on a tant aimé...

Tout le reste est à l'avenant : découpage étrange entre d'un côté le passé et le présent, de l'autre une marée de Buzz l'éclair et l'ancienne maison des jouets historiques. Cela crée un va et vient assez lourd et malvenu et l'on voit venir les retrouvailles à des kilomètres à la ronde...

Ajoutez à cela un arrière-goût rance de déjà vu (toutes les idées déployées ont été exploitées dans les précédents opus) et cette manie du recyclage à gogo donne à ce cinquième volet son côté réchauffé. On sent vraiment l'épisode de trop.

Quant à la cerise sur le gâteau ? Cette histoire de tablettes d'une lourdeur invraisemblable qui fait ressembler le film à une vaste promotion de sensibilisation aux dangers de la consommation d'écrans, ce que précisément nous sommes (nous et nos enfants) en train de faire... Capitalisme,  ton cynisme et ton hypocrisie sont inépuisables.

Disclosure Day (2026)


La dernière image ? Curieux mais ce qui revient ce sont des bouts d'autres films : le train qui file sous les yeux du couple fugitif, c'est la Guerre des Mondes, L'apparition de l''extraterrestre derrière un rideau, c'est évidemment ET... La maison de l'enfance reconstituée c'est AI ou Catch me if you can voire Ready  Player One... 

Et c'est un peu le souci, ce Disclosure Day est d'abord beaucoup trop long mais il manque surtout d'une personnalité et d'une ligne directrice... Les scènes d'action sont souvent ratées (toute la séquence de course poursuite en voiture à la campagne) et cassent le rythme d'un film où l'on sent une vraie difficulté à faire cohabiter les différentes "tranches de vie" : trop de personnages sont censés se retrouver "plus tard" portant la promesse d'une révélation extraordinaire qui tombe à plat.

Cela manque par ailleurs de la poésie qui irriguait ET, Rencontre du Troisième type ou La Guerre des Mondes. Et puis les révélations finales restent ultra attendues et paradoxalement obscures dans leur explication : il faudrait recréer la maison d'enfance pour que la présentatrice météo revive les évènements de son enfance et puisse permettre aux extraterrestres de parler au monde... Bof bof.

Reste une idée géniale : à chaque rencontre la jeune femme prend l'apparence d'une personne aimée et désarçonne son interlocuteur. Cette idée est magnifiquement traduite à l'écran. Mais c'est trop peu pour s'emballer.

jeudi 1 octobre 2026

L'argent de poche (1976)

 

La dernière image ? La romance naissante de la fin du film, rencontre discrète dans la pénombre d'un escalier pendant que la cantine résonne des bruits lointains de bouches avides et de ventres satisfaits.... Voilà qui en rappelle de jolis souvenirs.

Loin d'être le meilleur film de Truffaut, L'argent de poche s'inscrit dans la droite lignée des 400 coups mais avec une dimension documentaire assumée et qui, quelque part, finit par handicaper le film, lui donnant aujourd'hui un côté quelconque, trivial, un peu dépassé.

Dans l'ensemble, le film est quand même  attachant mais il rappelle trop le Zazie dans le métro de Louis Malle (1960) et la comparaison fait mal. Ce dernier reste indépassable dans sa démarche artistique autant que dans la plongée qu'il propose dans les affres de la langue française lorsqu'elle se transforme aussi joyeusement que sous la plume de Raymond Queneau.

Deep Water (2026)

 

La dernière image ? Cette folle séquence où le capitaine envoie une jeune femme au casse-pipe à la nage avant de réaliser (ce qu'il savait déjà) qu'il suffisait de mettre un radeau de survie à l'eau... Rires garantis !

Renny Harlin n'a jamais été un grand réalisateur.

Et une fois de plus l'on réalise dans ce navet flottant que l'objectif c'est de décalquer un projet de film catastrophe sur une ébauche de film d'horreur dans le plus pur esprit Jaws... En abusant et surabusant de fonds verts et d'invraisemblances scénaristiques qui provoquent plus d'une fois le rire...

On peut donc passer son chemin, à pied, à cheval et même en avion.

jeudi 10 septembre 2026

L'exorciste 2 : L'hérétique (1977)

 

La dernière image ? Il y a dans ce film de véritables envolées visuelles au coeur de l'Afrique, à travers des nuées de sauterelles, qui sont saisissantes. Elles restent longtemps en mémoire. La bande originale de Morricone vient également ré-humaniser, ré-enchanter l'univers du film de Friedkin qui était davantage porté par une lutte féroce entre le bien et le mal dans une dimension très binaire et très étouffante s'achevant par la victoire du mal (triomphant).

Ici tout part d'un postulat très différent. Le mal et le bien sont comme le Ying et le Yang. les deux mêmes faces d'une même entité. C'est le fameux syndrome Incassable : les guérisseurs, les gens doués sont les êtres les plus susceptibles de devenir la proie du mal... Et puis Boorman explore la psychanalyse, la conscience collective, l'invisible en soi, les combats intérieurs, avec des fortunes diverses. Il prend le contre-pied brutal de Friedkin. Ce qui naturellement aboutira à des réactions déceptives et à la "défiguration" du film (montages et re-montages successifs). et puis s'agissant de Burton, on sent qu'il est venu cachetonner et n'offre que le minimum syndical à son rôle.

Dans l'ensemble le film est raté, j'en conviens, mais  comme chez Dario Argento, des trésors de cinéma se nichent même dans des films bancals. C'est le cas ici : même si l'ensemble échoue à nous toucher vraiment, on sent que nombre d'explorations visuelles ont pu influencer Kubrick pour son intro de Shining (ces plans aériens sur le lac de montagne) et restent véritablement en vous (toute les parties tournée en Afrique ainsi que la scène au sommet de la tour dans Manhattan). Même les séquences de télépathie peuvent avoir influencé Cronenberg pour son Scanners. On fleurte alors avec le SF, l'anticipation.

D'ailleurs toutes ces préoccupations (si urbaines)  pour la psychanalyse, la recherche du bien-être dans un monde dont la fin semble annoncée rappelle étrangement l'époque actuelle...  

Visionnaire Boorman qui ressuscite lors de quelques séquences magiques malgré un film raté mais qui ne manque pas d'intérêt.

dimanche 6 septembre 2026

La forêt d'Emeraude (1985)


 La dernière image ? Comme souvent chez Boorman, il y a ici pléthore d'images qui restent ancrées en vous. La scène d'enlèvement, toute sa subtile mise en place et le parallèle entre la colonie de fourmis observée par l'enfant et les hommes "bêtes de somme" qui à la queue leu-leu déracinent, arrachent, défigurent une forêt, au long d'une séquence filmée comme une scène de torture qui s'étire douloureusement. Je pense aussi à la séquence impressionnante de la destruction du barrage (de la toute fin) ou à celle plus intérieure, caverneuse, des retrouvailles du père et de son fils sous les trombes d'une chute d'eau où chacun se parle mais personne ne s'entend, où chacun se reconnaît... Tant d'autres scènes magiques et inoubliables. Notamment la symétrie recherchée du père s'enfonçant dans la forêt pour retrouver son fils Versus le fils pénétrant la jungle urbaine pour retrouver son père (et sa mère).

Décidément, John Boorman est un de mes réalisateurs préférés.

Quand on se rappelle que Greystoke ou A la poursuite du dimant vert sont de la même année, on peut réaliser à quel point il est un génie, un avant-gardiste... Quand d'autres se contentent de faire du film d'action ou d'aventure dépaysant, lui raconte déjà le monde de demain à l'aune de ce qui se trame à l'époque du côté de Manaus. Il est cet épervier survolant la terre et voyant venir avant nous autres les évènements tragiques qui nous ont depuis lors rattrapés...

On pense à beaucoup de films, Aguirre ou Apocalypse now, mais La forêt d'Emeraude raconte bien autre chose... Il y est bien sûr question de la recherche du fils avec en filigrane la question fondamentale : qu'est-ce qu'un père ? Qui est responsable du monde que nous laissons à ceux qui suivront ? C'est aussi une réflexion sur la modernité (les grands travaux, l'électricité) et la façon dont le progrès fait reculer la forêt et à travers elle une forme d'ordre naturel (le mystère qui vient avec).

Le film jamais manichéen va habilement démontrer comme le bien et le mal cohabitent de chaque côté de la fameuse lisière... Les invisibles côtoient les féroces d'un côté, les ingénieurs purs produit d'un système méticuleux de spoliation, de privation peuvent de l'autre ouvrir les yeux et basculer du côté de l'empathie pour venir en aide à celles et ceux qui veulent continuer à  vivre comme ils le font depuis la nuit des temps. Les armes à feu peuvent au choix servir les intérêts de tribus cherchant à étendre leur domination comme venir en aide à ceux qui veulent ramener à la maison leurs femmes vendues à des maisons closes destinées à distraire les travailleurs sur le projet de barrage (encore une idée brillante pour illustrer la corruption à l'oeuvre)...

Enfin, Boorman n'oublie jamais de rappeler que le mystère toujours nous étreint en nous contant la capacité de l'homme à communiquer avec la nature pour implorer le ciel de pleuvoir sur le monde et finir par y noyer un barrage... Et c'est que ça marche ! La magie c'est aussi le cinéma de Boorman.

dimanche 30 août 2026

Que la bête meure (1969)

 

La dernière image ? Le final n'est pas sans rappeler la façon dont certains fait divers marquants des 20 dernières années ont pu se terminer - je pense à l'affaire Godard en particulier. Un bateau disparaît sur la ligne d'horizon son occupant avec...

Le film est adapté d'un bouquin dont l'idée de départ est fabuleuse. L'un cherche à venger la mort (injuste) de son fils provoqué par l'autre qui est un lâche. L'un se jure de retrouver l'Autre, le chauffard, et de le faire payer...

Evidemment le sujet devient savoureux lorsque le héros mortifié retrouve sa proie et découvre que le type est pourri jusqu'à la moelle au point que même sa propre famille ne serait pas contre l'idée de le voir disparaître... Qui de mieux d'ailleurs que Jean Yanne pour camper l'ordure ?

Le sujet est en or, on a envie de savoir comment tout cela finira et puis comme souvent avec Chabrol, on sent la facilité prendre le dessus comme pour cette séquence où le héros s'embourbe et rencontre par hasard un gars du coin qui justement a des choses à raconter... Raccourci bien commode et filmé sans autre intention que de passer les plats. Même chose avec l'histoire du calepin sur lequel le héros consigne toutes ses pensées morbides et dont il ne fait pas grand chose pour en cacher l'existence... Pratique pour faire avancer l'intrigue.

Le film a par ailleurs ses longueurs (la voix off en cause ?), il faut notamment le temps que notre héros se fasse "adopter" par la famille et l'entourage du salaud. Puis que le face-à-face puisse subtilement se mettre en place. Mais le climax attendu (comme dans La Piscine ou Plein Soleil sur des thématiques pas si lointaines) n'arrive pas vraiment et le coup de théâtre final, on le voit arriver d'assez loin tout de même...

Un film qui mériterait vraiment son remake de nos jours par un Fincher par exemple. Parce que de cet affrontement (notamment psychologique) peut naître un très très grand film. La tentative de Chabrol malgré de louables intentions a quand même vieilli.

samedi 29 août 2026

Un simple accident (2025)

 

La dernière image ? Il y a un moment très fort, c'est ce basculement psychologique du ravisseur en chef qui se retrouve dans la peau du "tonton gentil" amenant la femme de son ex-bourreau à l'hôpital pour y être prise en charge en vue d'un accouchement... Cette simple idée est brillante et donne au film toute sa complexité tant elle invité à la réflexion.

Je trouve également appréciable cette course à l'échalote pour retrouver d'anciennes victimes afin de s'assurer que l'otage est bien le fameux bourreau... Cela crée le nombre dans la camionnette et donne à la délibération des forces en présence un côté 12 hommes en colère...

En revanche, le film reste pour finir assez convenu, ne sort jamais des développements attendus. Et les personnages (hors mis le héros et la femme photographe) ne sont pas suffisamment creusés à mon goût. D'ailleurs beaucoup de situations et de réactions se répètent plus qu'elles n'ouvrent de nouvelles perspectives… Dommage.

Donc c'est pas mal du tout, mais ce (petit) film méritait-il une palme d'Or ?

jeudi 27 août 2026

Les Olympiades (2021)

 

La dernière image ? Le final émouvant qui se cristallise autour du décès d'une grand-mère qui l'air de rien est celle qui aura permis à une belle rencontre amoureuse de voir le jour...C'est dans les coups durs qu'on voit sur qui l'on peut compter.

Jacques Audiard m'avait subjugué avec Deephan Palme d'or selon moi méritée et film qui assurément vieillira comme le bon vin. Il avait eu notamment le goût et l'élégance de nous faire découvrir de nouveaux visages, misant sur des personnages sortant des sentiers battus et facilitant l'identification du spectateur. 

Il en va de même ici. Dans les Olympiades, il y a ce même parti pris de permettre à une nouvelle génération de prendre la lumière.

Les Olympiades scrute, ausculte la nouvelle génération connectée. J'ai quelques réserves sur le chapitrage (très début des années 2000 dans l'esprit) qui fait s'entrecroiser les 3 personnages centraux mais le résultat est vraiment intéressant... L'on apprend notamment qu'il faut savoir qui l'on est pour savoir qui aimer....

Le film s'offre sous la forme d'un fable, on pense à Eric Rohmer, Truffaut (Jules et Jim) ou Sautet (César et Rosalie)... Mais dans un mouvement bien d'aujourd'hui avec les spécificités technologiques (ou pas) de l'époque : se cacher derrière un écran, changer de personnalité, dissimuler sa vraie nature pour finir par clore au monde tel que l'on est tout au fond...

Joli film faussement léger qui raconte une époque (de la vie mais aussi de cette génération née à la toute fin des années 90) et fait réfléchir sur les nouveaux codes sociaux, façons d'être au monde et aux autres.

lundi 24 août 2026

120 battements par minute (2017)

 

La dernière image ? J'adore ce moment suspendu dans une cour où des corps s'enchevêtrent à la belle étoile. On pense aux Revenants et cette poésie irrigue le film par instants comme lorsque ces poussières sont immortalisées dans la lumière stroboscopique qui inonde une piste de danse au ralenti.

Le film est réussi mais je lui trouve un je ne sais quoi de "programmatique" et linéaire qui s'explique probablement par la dimension documentaire du sujet. Lorsque les personnages percent et existent (leur touchante  histoire d'amour) alors la fiction prend le dessus pour le meilleur. Mais j'avoue avoir été gêné par toutes ces séquences dans l'amphi au son de claquements de doigts où la conscience politique se met en branle et inévitablement "cherche la lumière" des médias en se heurtant à la souffrance physique des malades... Ces moments sont assez pénibles et précisément auraient été parfaits selon moi dans un vrai docu avec caméra embarquée (comme lors des irruptions dans des classes). Ce sont des situations où la fiction n'apporte pas beaucoup je trouve. Cacophonie et échanges un peu chaotiques sur la stratégie à suivre.

Bref 120 battements par minute est un témoignage nécessaire, émouvant autant qu'il est salutaire. Mais peut-être manque-t-il de ces moments suspendus de poésie comme je les aime chez ce réalisateur et peut-être le film a-t-il du mal à choisir entre l'histoire d'amour et la grande histoire, celle qui mène le jeune héros décédé à vouloir que ses cendres soient dispersées lors d'un cocktail comme on aime les faire dans les hautes sphères... 

Au final je me demande si je ne préfère pas Campillo lorsqu'il s'adosse résolument au film de genre comme dans Eastern Boys. Mais voilà tout de même un bien beau film marqué par une veillée de corps absolument  bouleversante d'humanité et d'humble solidarité en guise d'épilogue.